Des dizaines de milliards de dollars sont régulièrement annoncés comme disponibles pour le financement climatique en Afrique. Dans les faits, seule une fraction de ces ressources atteint les projets concrets sur le continent, et plus particulièrement les projets d’habitat durable en Afrique de l’Ouest.
Le problème ne tient pas à un manque de capitaux au niveau international. Il tient à la capacité institutionnelle et financière régionale à transformer ces engagements en prêts réellement bancables.
La chaîne de garantie, maillon manquant
Les banques commerciales locales n’accordent un crédit que si le risque est maîtrisé. Or la région dispose d’un ensemble d’instruments de garantie hétérogènes, agences multilatérales, fonds régionaux, dispositifs bilatéraux, mais sans standardisation ni coordination entre eux. Cette fragmentation rend la mise en œuvre lourde et coûteuse pour les banques locales, et des capitaux pourtant disponibles au niveau international restent bloqués, faute d’un mécanisme simple et homogène de couverture des risques.
C’est ce que Papa Amadou Sarr, Directeur Général de PORTEO Group, a mis en lumière lors du panel « Énergie et performance du bâtiment : vers un label UEMOA pour l’habitat durable », organisé dans le cadre des BOAD Development Days à Lomé : « Il y a 30 milliards disponibles, mais la chaîne de garantie est inexistante ou fragmentée. »
Cette intervention ne relevait pas du constat extérieur. Elle s’inscrivait dans un échange de travail, aux côtés des institutions financières régionales et des États membres, pour identifier les leviers concrets permettant de débloquer ces financements.
Fragmentation, coûts transactionnels élevés
La multiplicité des fonds et mécanismes implique des procédures différentes, des due diligences répétées et des critères qui ne s’alignent pas – ce qui augmente les coûts transactionnels et rend de nombreux projets non rentables pour les prêteurs. Des initiatives récentes montrent pourtant qu’une garantie bien calibrée peut mobiliser massivement des financements privés : plusieurs garanties de la BAD et d’autres instruments régionaux ont déjà permis de lever des capitaux pour des projets verts nationaux et sectoriels.
Le paradoxe des matériaux locaux
Contrairement à une idée répandue, construire avec des matériaux locaux n’est pas toujours moins cher en Afrique. La faiblesse d’échelle, l’absence d’industrialisation, des intrants coûteux et une fiscalité mal adaptée peuvent rendre l’importation plus compétitive dans certains cas. Ce déséquilibre freine la création de chaînes de valeur locale et réduit les retombées économiques des projets d’habitat durable.
Construire local reste un impératif politique et environnemental. Ce n’est pas encore, dans les conditions actuelles du marché, un avantage compétitif naturel.
Les pistes défendues à Lomé
Plusieurs propositions ont été portées lors du panel pour avancer de manière pragmatique. La création – ou le renforcement du mandat – d’une interface régionale permettant d’agréger les fonds climatiques et d’homogénéiser les garanties, apparaît comme la réponse structurelle la plus accessible : elle permettrait de standardiser les critères d’éligibilité, de réduire les coûts de transaction et proposer des produits de garantie innovants comme les garanties de première perte ou partielles, pour rendre bancables des projets qui ne l’étaient pas.
La proposition portée par PORTEO Group allait dans ce sens : que tout projet sollicitant un financement BOAD soit tenu, d’ici 18 mois, de démontrer sa trajectoire vers la labellisation; pas la certification complète, mais la trajectoire. Faisable, mesurable, crédible. Et que la BOAD structure une garantie partielle dédiée aux promoteurs engagés dans cette démarche : non pas une subvention, mais un outil de dé-risquage capable de déclencher l’investissement privé. Des instruments complémentaires, des leviers politiques nécessaires
Des instruments hybrides, combinant garanties partielles, subventions initiales et prêts concessionnels, peuvent rendre viables des projets qui resteraient sinon non finançables. En parallèle, des mesures politiques telles que des exonérations temporaires sur certains intrants, un soutien à la modernisation industrielle ou des programmes de formation sont nécessaires pour que les matériaux locaux deviennent progressivement compétitifs.
